Top Menu

Formes Alternatives de Logement au Luxembourg

Rapport de l’ateliers “Formes Alternatives de Logement au Luxembourg”, qui s’est tenu le 30 août 2015 dans le cadre du festival “Last Summer Dance“.

RAPPORT de l’Atelier

« Formes Alternatives de Logement au Luxembourg » (30 Août 2015)

Face à la constante hausse des prix de location et d’achat d’immobiliers, se loger au Grand-Duché de Luxembourg devient de plus en plus difficile pour une grande partie de la société luxembourgeoise, y compris les personnes socialement faibles, les jeunes employés, les demandeurs de protection internationale, ou les personnes âgées avec des besoins spécifiques. Face à ce constat-là: Comment pouvons-nous travailler ensemble vers des solutions concrètes aux problèmes de logement au Grand-Duché de Luxembourg? Comment créer des logements abordables et des formes d’habitation alternatives et durables? Comment utiliser mieux les surfaces existantes afin de créer des espaces de logement additionnels qui répondent aux besoins spécifiques de leurs habitants, et leur permettent de « vivre bien » sans dépenser trop?

Ces questions, et bien d’autres, ont été traitées à l’occasion de l’atelier « Formes Alternatives de Logement au Luxembourg », qui s’est déroulé le 30 août 2015 à Erpeldange-sur-Sûre dans

le cadre du festival d’art et de musique Last Summer Dance1 en collaboration avec Ad-hoc, Caritas Luxembourg, RBS, AIS, Cohabit’ÂGE, l’Observatoire de l’Habitat et la Commune de Mondercange, l’atelier rassemblait un groupe d’organisations et personnes privées très actives dans le domaine du logement au Luxembourg – à savoir :

  • Gilles Hempel – (Directeur de l’Agence Immobilière Sociale (AIS))
  • Marco Hoffmann – (Membre du comité de direction de Caritas Luxembourg)
  • Julien Licheron – (Coordinateur de l’Observatoire de l’Habitat)
  • Moussa Seck – (Coordinateur de Cohabit’ÂGE Luxembourg)
  • Andrée Birnbaum – (Coordinatrice de RBS, Center fir Altersfroën a.s.b.l.)
  • Tom Oswald – (Responsable du Centre Senior de la Commune de Mondercange)
  • Eric Weirich – (Membre de la plateforme Ad-hoc)
  • Toni Freitas – (Représentant d’une colocation alternative à Dudelange)

Dans un effort de réfléchir ensemble sur les problèmes existant dans le domaine du logement au Luxembourg, ainsi que sur de potentielles solutions, nos invités nous ont présenté leurs projets et leurs recherches, ils ont partagé leurs expériences avec les visiteurs du festival, et nous ont ainsi permis échanger ces expertises avec d’autres personnes intéressées par le sujet.

I. Mot de Bienvenue et Présentations

Dans une première phase, Julien Licheron – coordinateur de l’Observatoire de l’Habitat et chercheur au Luxembourg Institute of Socio-Economic Research (LISER) – a pris la parole afin d’éclaircir les participants à l’atelier sur les principaux problèmes en matière de logement au Luxembourg. En effet, le but principal de l’observatoire de l’habitat est de collecter des données relatives à l’habitat et au logement, d’analyser ces informations et de transmettre ces analyses au public. Monsieur Licheron a d’abord indiqué les chiffres de vente et de loyers, qui grimpent année par année depuis 2010, à cause de la croissance démographique considérable au Luxembourg, et des taux d’intérêts historiquement bas – ce qui signifie qu’il faudrait loger au moins 5000 ménages supplémentaires chaque année pour faire face à la demande. En ce qui concerne les spécificités du marché du logement national, Monsieur Licheron estime que 70 % des ménages résidents sont propriétaires, ce qui constitue un taux de propriétaire relativement élevé sur l’échelle globale. Pour terminer, Julien Licheron a parlé des défis que le marché du logement luxembourgeois pose: Sur le marché privé, les ménages consacrent une partie particulièrement élevée de leur revenu aux dépenses de logement. En plus le secteur locatif social est assez limité au Luxembourg. Même si la taille moyenne des logements au Luxembourg est parmi les plus élevées de l’Union Européenne, de nombreux ménages sont en situation de surpeuplement du logement. Il y aurait 3700 hectares de terrains disponibles pour l’habitat, mais il est difficile de mobiliser ce potentiel foncier existant dans le pays.

Par la suite, les représentants des organisations présentes se sont basés sur la présentation de Monsieur Licheron pour présenter, eux aussi, leurs recherches, projets et/ou expériences dans le domaine du logement. Marco Hoffmann, membre du comité de direction de la Fondation Caritas Luxembourg a reconnu le logement comme un des problèmes majeurs dans la société luxembourgeoise – un constat qui a animé son institution a instaurer de nombreuses initiatives d’habitation, comme par exemple des logements pour personnes sans abris, pour réfugiés ou pour des jeunes gens en besoin. Afin de pouvoir répondre à la demande accrue, la Caritas se sert de plus en plus aussi de logements en coopérative ou intergénérationnels.

Gilles Hempel de l’Agence Immobilière Sociale (AIS) a présenté ensuite son concept d’aide au logement. En effet, le but de l’AIS est de mobiliser les logements inoccupés et de les louer à des personnes ne pouvant pas accéder aux logements « privé » – c.-à-d. à des prix élevés. L’agence dispose d’ors et déjà d’un parc immobilier de plus de 200 logements dans tout le pays luxembourgeois. Etant une agence immobilière, l’AIS fonctionne comme l’intermédiaire entre le propriétaire et le locataire. Elle cherche à convaincre les propriétaires à louer leur bien immobilier à un prix en dessous du « prix de marché ». En contrepartie, le bailleur peut être sûr de recevoir son loyer, qui est payé par l’AIS, dans le cas où le locataire ne peut pas payer.

De même, l’AIS se charge aussi de l’entretien des biens immobiliers. Le potentiel de marché est énorme, et le propriétaire tout comme le locataire sont gagnants dans cette initiative.

Moussa Seck de Cohabit’ÂGE Luxembourg a pris la relève pour présenter son projet. Ce dernier consiste dans la réalisation du concept de logement intergénérationnel, qui est initié et suivi par un coordinateur de Cohabit’AGE. L’idée est que des personnes âgées vivant dans une maison ou un appartement spacieux louent une chambre à des étudiants ou jeunes employés. En contrepartie, les jeunes s’engagent à donner un coup de main et de faciliter ainsi la vie quotidienne de la personne âgée, et ils profiteront d’un loyer moins cher. Les personnes âgées, ainsi que les jeunes sont sélectionnés sur base de dossiers et d’entretiens, avant d’être mis en contact. Si tout se passe bien, un contrat peut être établi.

Eric Weirich s’engage activement dans l’association Ad-hoc, un groupe de personnes qui s’est constitué spontanément face à la crise actuelle de logement abordable au Luxembourg dans le but de lancer une discussion autour de l’habitat groupé, et de réaliser un projet concret d’habitat participatif. En effet, il s’agit d’établir un mouvement citoyen, qui, en vivant en communauté et en partageant les ressources et leurs compétences, essaie de créer du logement abordable et de loger le mieux au prix le plus bas possible. Le projet veut promouvoir l’inclusion sociale, et, par conséquent, est ouvert à tout le monde – il est donc inter- et multigénérationnel. En termes pratiques, il cherche à créer à la première coopérative d’habitants, et d’introduire cette nouvelle forme d’habitation durablement au Luxembourg.

Toni Freitas a représenté sa colocation alternative à Dudelange et a parlé de sa vie de tout les jours en communauté avec ses colocataires.

Andrée Birnbaum, la coordinatrice de RBS, Center fir Altersfroën a.s.b.l. a expliqué les défis que les personnes âgées rencontrent en terme de logement et quelle fonction son a.s.b.l. a pour soutenir ces gens. En effet, d’après son expérience, la plupart des personnes âgées désire rester chez eux le plus longtemps possible. Quand une autre forme de logement s’impose, beaucoup de personnes optent pour une maison de retraite et/ou de soins, ou encore, un logement encadré. Dans ce contexte, le RBS informe sur de nouvelles formes d’habitation, comme le logement intergénérationnel, tel qu’il est réalisé par Moussa.

Finalement, Tom Oswald, responsable du Centre Senior de la Commune de Mondercange, a présenté les logements sociaux, entre autre pour personnes âgées, proposés par sa commune, et qui offrent de la guidance, ainsi que des repas de midi. Le but de ce projet est de faire en sorte que les gens puissent vivre de façon autonome le plus longtemps possible. Suivant ces présentations très diverses et enrichissantes, c’était le moment pour les participants de l’atelier de devenir plus actifs et de s’installer sur les tables de notre « World Café ». Cette méthode prévoit une répartition des visiteurs sur différentes tables pour faciliter une discussion constructive entre un maximum de personnes. En effet, il s’agissait de réfléchir ensemble – c.-à-d. entre participants et représentants des organisations présentes – sur des formes alternatives de logement, de discuter sur les problèmes d’actualité et d’éventuelles solutions dans ce domaine, de formuler nos besoins et souhaits, et de rêver de nos logements futurs.

Table 1 : Marco Hoffmann (Caritas Luxembourg) et Julien Licheron (LISER)
  • Quels sont les principaux problèmes en matière de logement au Luxembourg, et comment trouver des solutions concrètes ?
Table 2 : Gilles Hempel (AIS) et Moussa Seck (Cohabit’AGE)
  • Comment utiliser les surfaces existantes afin de créer des espaces de logement additionnels, sans pour autant décourager les propriétaires ?
Table 3 : Eric Weirich (Ad-hoc) et Toni Freitas (Collocations)
  • Comment créer du logement abordable / des formes d’habitation alternatives ?
Table 4 : Andrée Birnbaum (RBS) et Tom Oswald (Commune de Mondercange)
  • Comment modeler des projets de logement pour personnes âgées, afin qu’ils répondent à leurs besoins et leur permettent de « vivre bien » sans dépenser trop ?

A chaque table, un couple de deux organisations prenait la fonction de modérateur. Leur rôle était d’expliquer brièvement les règles du World Café, de lancer et structurer le débat, et de consigner les résultats des discussions. Au bout de 10 minutes, une cloche sonnait, indiquant que les participants de l’atelier avaient la possibilité de changer de table si une autre question les intéressait davantage, ou bien rester sur celle où ils étaient installés. Le couple de modérateurs restait à sa place, accueillait le nouveau groupe, faisait un résumé de la discussion mené par le groupe d’avant, et relançait ensuite le débat avec le nouveau groupe – tout en gardant les mêmes questions comme point de départ.

III. Mise en Commun

Après à peu près 35 minutes de discussions enthousiastes, les participants du « World Café » se sont rassis et les deux représentants de chaque table ont procédé à un petit débriefing, et une brève présentation des résultats des discussions respectives. Marco Hoffmann et Julien Licheron (Table 1) ont fait le résumé des principaux problèmes concernant la situation du logement au Luxembourg, tout en essayant de trouver des solutions concrètes (voire Annexes 1 et 2).

  • discrimination lors de l’accès au logement
  • la compétence au niveau communal
  • la consommation territoriale

Gilles Hempel et Moussa Seck (Table 2) ont travaillé sur les possibilités d’utiliser les surfaces existantes afin de créer des espaces de logement additionnels, sans pour autant décourager les propriétaires. Les participants à cette discussion se sont d’abord vu confronté au fait que 25 % des ménages au Luxembourg ont au moins un deuxième logement, et que 13 % de ces logement sont inhabités. Il était donc clair qu’il fallait absolument encourager les propriétaires à louer leurs logements supplémentaires. Une organisation comme l’AIS pourrait bien être l’intermédiaire entre le propriétaire et la personne en besoin d’un logement. Une institution bien conçue pour ce travail aurait tous les outils nécessaires pour tracer les logements vides, trouver les propriétaires et des locataires et pour dédommager le propriétaire en cas de problèmes avec le locataire. Les participants soulignaient qu’il existe un grand marché et que beaucoup de logements peuvent être créés par ce moyen. Une autre idée était d’introduire une taxe sur les immeubles non habités, afin d’encourager les propriétaires de louer leur logement.

Problèmes

  • le prix des logements
  • la pénurie d’habitats
  • discrimination lors de l’accès au logement
  • la compétence au niveau communal
  • la rétention foncière
  • la consommation territoriale

Solutions

  • une « vraie » politique du logement
  • laisser place aux promoteurs solidaires
  • densité accrue de construction
  • propager l’habitation coopérative
  • instauration d’une subvention au loyer
  • taxe communale sur construction

Eric Weirich et Toni Freitas (Table 3) ont réfléchi sur les possibilités de créer du logement abordable et des formes d’habitation alternatives. Ce faisant, le point de départ de ce groupe étaient les causes de la situation de logement au Luxembourg. Habiter rime avec investissement, et en temps de difficultés économiques, beaucoup de gens voient leur possibilité d’investir limitée. Les participants se plaignaient du cadre légal, qui est très restrictif au Luxembourg. En outre, certaines personnes se voient stigmatisées lors de leur recherche sur le marché immobilier. Le groupe a tout de même aussi cherché des solutions afin de créer du logement abordable. Le co-habitage pourrait être un remède, mais ceci nécessite beaucoup de tolérance, d’organisation collective et un esprit d’initiative. Les participants constataient qu’une certaine promotion de l’idée de l’habitat partagé pourrait être utile, comme cette forme alternative d’habitat n’est pas encore très répandue au Luxembourg.

De nouvelles lois pourraient faciliter la vie en commun, car en formant un ménage, les personnes habitant dans un même logement ne sont plus considérées comme des individus, ce qui les prive de l’obtention d’aides étatiques en matière de logement.

Finalement, Tom Oswald et Andrée Birnbaum (Table 4) se sont interrogés sur la conception idéal de projets de logement pour personnes âgées, répondant à leurs besoins spécifiques tout en restant abordables. Les participants mettaient en évidence que rester le plus longtemps dans leur propre habitat est extrêmement important pour beaucoup de personnes âgés. Il faudrait donc essayer de renforcer les aides à domicile. Par ailleurs, lors de la construction de nouveaux bâtiments pour des personnes âgées, l’accessibilité et le design de l’immeuble sont des points importants. Ce groupe a donc beaucoup réfléchi sur les besoins spécifiques que les personnes âgées ont face à un appartement ou immeuble spécialement conçu pour eux.

Conclusions

Comme conclut par le Parlement des Jeunes dans sa contribution écrite à l’atelier « Formes alternatives de logement au Luxembourg », la question de l’accès au logement, qu’il s’agisse de logements à loyers modérés ou l’accès à la propriété, est certainement sur l’agenda politique au Luxembourg. Cependant, la réponse étant souvent de construire (en nombres insuffisants) de logements dits sociaux, cette solution semble insuffisante, puisque la « crise du logement » se poursuit depuis des années. Outre son investissement dans la construction de logement, l’Etat devrait donc soutenir financièrement le développement de formes alternatives de logement, soit sous forme de subventions directes aux individus ou à des collectifs (dotés ou non de la personne juridique), soit par des garanties bancaires afin de stimuler la participation du secteur privé au financement et à la construction de « logements alternatifs ».

Si les collectivités de logement font souvent rêver les plus idéalistes, il semble que certaines idées telles que celles élaborées par le collectif Ad-hoc et vécues dans plusieurs collocations à travers le Luxembourg (qui vont plus loin que de simples copropriétés) sont des idées intéressantes méritant une étude plus approfondie. En effet, il s’agit sans doute de l’un des aspects les plus « radicaux » des changements qu’apporteraient des formes alternatives de logement :

une meilleure socialisation, la recréation de liens de solidarité entre voisins, la renaissance d’un esprit de groupe qui fait cruellement défaut dans un certain nombre de sociétés occidentales. Une telle combinaison entre espaces privés et espaces partagés – quoi que certainement un défi – pourrait inciter des personnes âgées à rejoindre ce type de logements alternatifs, leur permettant de conserver leur intimité et une certaine indépendance, tout en offrant la possibilité de se socialiser et de profiter de l’aide de voisins pour certaines tâches.